La rencontre manquée. L'analyse et les remèdes potentiels d'un mal contemporain. Partie 1
- juliensabi93
- 22 févr.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 mars
Une autre grande problématique de plus en plus récurrente aujourd’hui est ce que j’appelle la rencontre manquée. Ce besoin universel de trouver la personne avec qui construire une belle histoire, potentiellement fonder une famille et traverser le fleuve de l’existence l’esprit serein… pour finalement échouer, se résigner, haïr l’homme ou la femme, ainsi épouser la tristesse et le ressentiment. Ce problème est rencontré par un nombre qui ne cesse de croître dans notre époque contemporaine. C’est une souffrance sourde, une charge collée au corps, que de sentir les années qui défilent, subir la pression sociale - davantage chez les femmes, principalement dû à l’horloge biologique – et ses injonctions, tenter d’apprendre à aimer la vie malgré la sensation de stagner dans sa propre existence et l’intime conviction de ne compter véritablement pour personne. Cette souffrance trouve des origines et une forme différentes selon s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, mais aussi selon les profils et les histoires personnelles, mais tous partagent la même résultante. Pour répondre à ce problème, de nombreux entrepreneurs sautent sur le business juteux de la rencontre manquée, proposant une flambée d’applications, toutes aussi futiles et inefficaces les unes que les autres, que de nombreux célibataires fuient de plus en plus massivement d’ailleurs, sans oublier les organisations de « speed dating », ou, plus récemment, les applications dotées d’intelligence artificielle qui proposent de créer intégralement le copain ou la copine de nos rêves afin d’interagir avec à tout moment, sans se soucier une seconde des répercutions psychologiques et émotionnelles que l’absence de cadre entre réel et virtuel peuvent engendrer, notamment chez les plus jeunes.
Comment en est-on arrivé là ?

Avant les évolutions sociétales contemporaines influencées par les mouvements féministes et, plus globalement, progressistes, vivait une société principalement fondée sur des traditions culturelles et religieuses, une forme de hiérarchie entre les sexes, au détriment parfois, pour ne pas dire souvent, des femmes, ces dernières se voyant « condamnées » au statut de mère et d’épouse, donc dépendantes de l’homme (du père, d’abord, puis du mari), se devant donc d’oublier leurs aspirations profondes et espérer que l’homme dont elles dépendaient les traiteraient de manière convenable, ce qui, là encore, faisait très souvent défaut. La vie que l’on menait dans cette société était tout autre car elle ne considérait pas ou peu les souffrances individuelles, ou même les désirs, les rêves et les envies propres aux individus, car les injonctions étaient si ancrées dans les mœurs et les esprits que tout se devait d’être rangé pour offrir un semblant d’harmonie, tant mieux si cela convenait et tant pis pour les autres.
Puis, aux abords de la seconde moitié du XXème siècle, le féminisme est progressivement sorti de sa grotte, notamment grâce à des grandes figures telles que l’illustre Simone Veil (que je vous encourage à lire si cela n’est pas déjà fait), martelant leurs discours avec force et conviction dans l’espace public, ce dans un monde appartenant exclusivement aux hommes, ceci afin de bousculer cette société vieillissante et proposer un modèle dans lequel les femmes pouvaient être libres, indépendantes, avoir le choix et être protégées face aux violences que beaucoup d’entre elles subissaient sans que cela ne provoque la moindre réaction.
D’abord marginalisés, ces discours ont finalement pris de l’ampleur lorsque de plus en plus d’adhérentes au mouvement féministe ont fait entendre leur voix, mais aussi et surtout lorsque l’économie (pour le dire simplement) y a trouvé un intérêt. Une femme libre et indépendante est une femme qui travaille, mène sa carrière, possède son propre pouvoir d’achat, devient donc une consommatrice à part entière. Cela fait donc deux consommateurs par foyer, au lieu d’un. Des profits et bénéfices multipliés par deux. Alors, doucement mais sûrement, le féminisme, autrefois mouvement contestataire souvent méprisé, devint une norme sociétale validée par les institutions, les médias, l’éducation, la culture et la politique.
Le féminisme a d’abord chamboulé progressivement le mode de vie des foyers, révolutionné les modes de consommation, notamment alimentaires, ce à quoi les industriels se sont adaptés. Le féminisme a permis des évolutions dans le monde du travail, bien que cela reste une source d’insatisfaction et de contestation encore aujourd’hui.
Grâce au féminisme, les jeunes filles et jeunes femmes actuelles ont le choix de mener la carrière qu’elles souhaitent, de vivre comme elles le veulent, d’avoir des enfants ou non, de se marier ou non, et d’être davantage soutenues et protégées face aux fléaux insupportables que sont les violences conjugales, l’abus et le viol (entre autres). Elles sont également les « grandes gagnantes », si je puis dire, du divorce, le système judiciaire leur accordant le plus souvent la garde du ou des enfants, une partie des biens, ainsi qu’une pension alimentaire versée par l’ex-mari (lorsqu’ autrefois, les femmes divorcées étaient livrées à elles-mêmes, potentiellement dans la grande précarité, sans parler du jugement qu’elles subissaient dû au conditionnement sociétal). Mais le basculement d’une société patriarcale et traditionaliste vers une société matriarcale et progressiste a également provoqué ce que j’appellerais des effets secondaires.

Les hommes ont évolué. Leur masculinité ayant été jugée toxique, le conditionnement et les mœurs sociétales modernes ont débarrassé ces derniers de leurs responsabilités (auxquelles, autrefois, ils furent, eux aussi, contraints de s’y résoudre), de leurs devoirs, à savoir se marier, fonder une famille et tenir, à eux seuls, la charge de la nourrir et donc de la faire vivre. Sous l’ère moderne, les femmes étant libres et indépendantes, les hommes aussi ont obtenu le droit de vivre comme ils l’entendent, préférant de plus en plus souvent rester dans une forme d’adulescence, faire la fête, enchaîner les relations sans avenir, voyager, ou se détacher de leur rôle de père en cas de séparation avec la mère, ne jamais sortir de la notion de plaisir, de l’aspect festif de l’existence, très individualiste, sans contrainte, sans effort, sans engagement aucun.
Les femmes ont évolué. Les discours féministes se radicalisant de plus en plus au fil des années, prônant ouvertement l’idéal d’un monde sans homme, visant à dénigrer toujours un peu plus la valeur de l’homme masculin, n’en faire qu’un objet de consommation jetable, méprisable et interchangeable ; le poids que tiennent les militantes extrémistes dans l’espace public est tel que de très nombreuses jeunes filles et jeunes femmes se construisent à travers ce schéma, ce logiciel de pensée, et cela n’est pas sans conséquence, loin s’en faut. Cela fabrique des femmes qui, pour certaines, à l’âge adulte, ont un regard vers le sexe opposé dans lequel n’y réside aucune forme de respect, de considération ; certaines femmes incapables, elles aussi, de s’engager et de construire ; certaines femmes évoluant dans une logique très nombriliste, comme si les hommes leur étaient acquis, qu’elles n’avaient aucun effort, aucune plus-value à fournir dans le cadre de la séduction et de la relation amoureuse ; certaines femmes dénuées d’empathie, obnubilées par leur « gain » personnel, papillonnant d’un homme à l’autre sans le moindre sentiment, poussée par des moteurs superficiels et narcissiques au possible.
Ces évolutions, à la fois de l’homme moderne et de la femme moderne, ont bâti, lentement mais sûrement, une société où hommes et femmes ne se comprennent plus, ne s’écoutent plus, ne s’aiment plus (au véritable sens du mot amour), ne se considèrent plus à leur juste valeur. L’un et l’autre n’ont plus grand-chose à s’apporter, et cela créer de la frustration, une forme de désillusion, jusqu’au mépris voire la haine. Bien sûr, le féminisme, ou plutôt ses effets secondaires, ne sont aucunement les seuls responsables de cette problématique. Les facteurs technologiques et éducatifs y tiennent une grande part, au moins aussi importante.
(A suivre...)



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