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La rencontre manquée. Analyse et remèdes d'un mal contemporain. Partie 2

  • juliensabi93
  • il y a 19 heures
  • 9 min de lecture

J’ai pu aborder le phénomène des applications de rencontres, plus haut. Parmi elles, Tinder a littéralement révolutionné le concept de la rencontre, de la séduction, et de la relation amoureuse. Elle a créé le concept de « tinderisation », c’est-à-dire une évolution de la rencontre homme/femme tournée exclusivement vers de l’éphémère, comprenant des critères de sélection du partenaire digne d’une liste de courses, ne prenant donc plus en compte et en respect la personne telle qu’elle est, mais simplement des détails, souvent physiques mais pas seulement, digne d’un produit quelconque censé satisfaire pendant une durée limitée.

Certains hommes y trouvent leur compte, grâce à un physique avantageux, suivant les aléas de la mode, jouant des nouvelles règles de séduction comme si elles avaient été conçues pour eux, devenant ces hommes célibataires qui refusent de s’engager (et surtout d’aimer) qui passent d’une femme à une autre chaque weekend ou presque, ce des années durant, jusqu’à la lassitude inévitable. Pour d’autres, en revanche, ces évolutions décrites plus haut et ces méthodes de rencontres, de séduction, les ont plongés dans un célibat non souhaité, une vie sentimentale et sexuelle totalement désertique, engendrant mal-être, frustration, sentiment de honte vis-à-vis des autres jeunes hommes (conditionnement et mœurs sociétales, encore une fois), dévalorisation, puis, potentiellement une détestation envers la gent féminine, plus ou moins prononcée. Lorsque beaucoup d’intellectuels cherchent à comprendre comment le mouvement masculiniste - dangereusement populaire sur internet, grâce ou à cause d’influenceurs ayant trouvé un bon filon économique, prônant des valeurs traditionnalistes, de nouveau une hiérarchie des sexes et faisant de la femme un ennemi – a pu autant séduire et devenir progressivement un problème de société, la réponse est évidente à mes yeux. Le féminisme est né d’un ras-le-bol légitime d’une situation dans laquelle beaucoup de femmes étaient défavorisées ; le masculinisme né et grandit d’une situation où de nombreux jeunes hommes subissent rejet, mépris et dénigrement à longueur de temps.

 Lorsque l’on empêche un être à part entière de vivre libre, d’obtenir ce qu’il veut et d’être traité avec un minimum de respect, il ne faut pas s’étonner ensuite des répercutions, même les plus déplorables.


Image issue d'un documentaire de France Télévisions à propos du masculinisme
Image issue d'un documentaire de France Télévisions à propos du masculinisme

 

Un autre facteur de ce problème, selon moi, est les réseaux sociaux. Ces derniers, en plus d’abrutir les gens en endormant leur conscience par le fait de scroller pendant des heures, en plus d’être le terrain de jeu de tout ce qu’il peut y exister de plus vile, de plus médiocre et parfois de plus malsain dans la nature humaine lorsqu’elle est pervertie ; ils ont également largement contribué au phénomène « d’hypersexualisation », c’est-à-dire le fait de sexualiser à outrance le corps, notamment de la femme mais pas uniquement, en jouant sur les mécanismes libidinaux masculins, sur les frustrations et les fantasmes, dans un objectif purement narcissique et mercantile. Il n’y a, dans cette démarche, aucune rencontre entre des personnes à part entières, seulement des corps qui se trémoussent devant une caméra ou un appareil photo, avec beaucoup d’attention et d’argent à la clé pour l’une, et davantage d’insatisfaction pour les autres, mais surtout un regard, une vision du sexe opposé qui évolue progressivement, passant de désir tout à fait sain et naturel à la manie de faire de la femme un objet et une obsession du désir non comblé qui n’est pas sans conséquence.

Notre société moderne aborde la sexualité dans l’espace public de manière totalement désinhibée, pendant que l’acte sexuel est de moins en moins pratiqué dans la sphère privée (de nombreuses études et sondages le démontrent, les jeunes générations font beaucoup moins l’amour que les générations précédentes au même âge), ce qui engendre un conflit entre cette prétendue liberté et prétendu épanouissement affichés en société, et ce besoin physiologique de moins en moins satisfait dans la réalité des individus. Si on ajoute à cela la pornographie moderne, véritable industrie de la surenchère, de la perversion assumée, d’une forme de violence dans la sexualité, tout cela diffusé gratuitement et massivement aux yeux de nombreux jeunes hommes, parfois très jeunes, souffrant des problématiques que je viens de décrire ; sans oublier la touche finale, à savoir le manque d’éducation, de respect et de civisme auprès d’une frange de la population masculine actuelle pour le moins conséquente ; c’est tout simplement le cocktail parfait pour normaliser la perversion, l’insécurité subie par les jeunes femmes, de plus en plus victimes de comportements pathétiques voire dangereux, tellement nombreux que quasiment toutes les femmes peuvent en témoigner. En France, dans le pays du romantisme, tant de jeunes femmes ont naturellement adoptées des règles, des gestes et des réflexes de prévention lorsqu’elles déambulent seules dans les rues, ceci afin d’esquiver autant que possible d’abord la fameuse drague de rue produite par des sous-hommes en survêtement, au langage grossier, l’attitude agressive, le regard et l’expression dénuées d’empathie, de respect, de valeurs morales, avant de lâcher un flot d’insultes lorsqu’ils n’obtiennent pas la réponse escomptée, ce qui relève pourtant du bon sens, d’un minimum d’intelligence sociale (et d’intelligence tout court) d’en saisir la raison ; et surtout pour éviter les prédateurs et les détraqués sexuels qui, d’une simple présence féminine, qui évidemment ne demande rien à personne, traquent, fixent, suivent leur proie, les terrifiant sans mesure pendant que ces dernières effectuent leurs trajets du quotidien.

Cela sans parler des messages que reçoivent de très nombreuses jeunes femmes dans la sphère numérique, d’un irrespect sauvage, totalement décomplexé, dévoilant à quel point une part importante de la gent masculine moderne, en France mais aussi ailleurs, a totalement perdu pied en ce qui concerne le rapport à la femme, à la rencontre, la séduction et la sexualité.

 

Le dernier point et non des moindres, facteur de nombreuses souffrances et désillusions dans le domaine de la rencontre manquée, est le fonctionnement problématique dans l’inconscient de certaines personnes, c’est-à-dire le fait de chercher inconsciemment à reproduire les dysfonctionnements, la toxicité voire les traumas vécus durant leur enfance,  généralement dans la sphère familiale et la majorité du temps par le père ou la mère (mais pas uniquement), dans leur vie sentimentale à l’âge adulte. Lorsque la relation au père pour une femme et à la mère pour un homme a été problématique, d’une manière ou d’une autre (et cela n’est pas toujours le signe de mauvais parents, malveillants ou malsains, cela peut être un divorce, des problèmes de santé physiques et/ou mentaux, des problèmes financiers ayant fortement impacté la vie de famille, une indisponibilité engendrant un manque d’affection auquel le parent n’avait pas conscience… les enfants étant des éponges, ils observent, ressentent le mal qui émanent de leurs parents et des autres en général, ils interprètent à leur façon, à leur niveau de compréhension, et conservent les émotions négatives quelque part en eux pour ne plus les quitter, même sans en avoir aucunement conscience en grandissant), cela aura une répercussion plus ou moins importante dans leur vie amoureuse. La personne va être naturellement attirée par des profils susceptibles de fournir cette toxicité, ces dysfonctionnements, voire cette violence, ou l’aspect tragique qui peut prendre de nombreuses formes, qu’elle aura subi durant ses plus jeunes années, et les personnes correspondant à ce profil seront plus naturellement attirées par cette dernière plutôt que d’autres profils dont les histoires sont plus heureuses. A l’état conscient, pourtant, il n’en est rien. La personne ne veut qu’aimer, être aimée, construire et avancer de manière saine et agréable dans sa vie d’adulte et dans son couple. Elle ne comprendra donc pas pourquoi les mêmes problématiques se répètent inlassablement, relation après relation, pensant d’abord qu’elle est probablement plus malchanceuse que d’autres, ou que le problème vient du sexe opposé, ou même qu’elle est potentiellement la cause des conflits, de la violence, de la manipulation, du mensonge, de l’infidélité, de l’immoralité ou la lâcheté produites par ses partenaires. Il s’agit en vérité d’une reproduction malheureuse, inconsciente, à laquelle la personne ne peut rien tant qu’elle ne prend conscience de ce fait, de ses souffrances infantiles voire d’éventuels traumatismes non traités, et qu’elle agit en conséquence pour se libérer de ce schéma destructeur qui la conduit systématiquement à l’échec, la culpabilité et/ou le ressentiment, et la souffrance.


SOLUTIONS POSSIBLES

 

La première réponse à apporter face à ces problématiques est d’abord de se couper totalement de tout ce qui alimente les effets négatifs de la rencontre manquée. Si vous êtes un homme, il s’agira de prendre drastiquement vos distances avec l’hypersexualisation, donc s’éloigner considérablement des réseaux sociaux, plateformes payantes offrant des contenus sexualisés d’influenceuses, se désinscrire de Tinder et autres applications du genre, se couper totalement de tout ce système fallacieux et malsain dans lequel vous ne serez aucunement gagnant. Prendre un temps, de plusieurs mois au moins, pour vous recentrer sur vous-même, prendre soin de votre corps et de votre esprit, effectuer des activités saines, agréables et productives qui vous plaisent, apprendre à bien vivre avec vous-même, ceci afin de vous défaire du besoin de plaire à tout prix ou de trouver une partenaire pour fuir la solitude ou uniquement répondre à des pulsions sexuelles qui, dans le processus néfaste décrit, ne font que s’accumuler et provoquent des comportements problématiques, à différents degrés selon les personnes. En réapprenant à bien vivre avec vous-même, vous réaliserez votre juste valeur, gagnerez en assurance, vous détacherez donc du regard de l’autre, notamment de la femme, pour davantage vous affirmer et devenir libre.

Paradoxalement, c’est en vous détachant du besoin de plaire et de trouver des partenaires que vous plairez le plus et aurez de moins en moins de difficulté à répondre aux besoins affectifs, sentimentaux et même intimes. Qui plus est, en prenant vos distances avec une part de la gent féminine moderne dont le comportement, la mentalité et le mode de vie ne correspondent en rien à vos attentes, votre jugement et votre rapport avec les femmes s’améliorera car vous aurez davantage l’espace et l’état d’esprit suffisamment apaisé pour vous intéresser à celles éminemment respectables et emplies de qualités que vous pourrez trouver autour de vous.

Cela n’est pas simple, nécessite de la volonté et de la détermination, car notre société est profondément pervertie, les tentations sont légion, mais les bénéfices de cette démarche sont sans équivalent. Cela vous permettra de vous affirmer en tant qu’homme masculin, augmenter votre plus-value, et donc augmenter votre capital séduction tout en étant libre et dans le même niveau de bien-être seul qu’accompagné. Enfin, cela vous permettra d’observer les femmes telles qu’elles sont véritablement, c’est-à-dire des êtres formidables, parfois touchants, qui vous apporteront bien davantage que ce que vous pouvez concevoir.

 

Si vous êtes une femme, le processus est globalement le même, celui de vous éloigner des profils qui posent des problèmes (ce qui constitue un certain nombre, comme décrit plus haut), apprendre à mieux vous connaître, à accepter une part de solitude dans votre vie, du moins pendant le temps que vous jugerez nécessaire, ceci afin de vous défaire de ce besoin d’être en relation à tout prix, même si cette dernière vous plonge dans la souffrance. Apprendre à mieux vivre avec vous-même, trouver un certain équilibre en vous et dans votre vie quotidienne, éviter toutes les zones où la part profondément pathétique de beaucoup d’hommes en France aujourd’hui s’exprime trop facilement et trop librement (réseaux sociaux, applis, monde de la nuit), pour privilégier à la fois davantage d’espace pour vous, seule, et des relations saines, bienveillantes, au sein de votre cercle social. Si la rencontre manquée vous a provoquée beaucoup de souffrance, le mieux est de verbaliser au maximum, à l’oral et/ou à l’écrit, auprès d’un professionnel compétent ou d’une personne de confiance, ceci afin de vous libérer de ce mal, prendre une certaine distance avec l’émotion négative et les souvenirs douloureux, et effectuer un travail sur vous afin de comprendre, sans jugement car vous n’êtes pas forcément fautive, la ou les raisons qui font que vos copines parviennent à construire et être globalement heureuses dans leur vie sentimentale mais pas vous. Une fois que ce travail sera bien avancé, vous sentirez des changements en vous qu’il vous sera difficile de saisir. Cela risque d’être parfois perturbant, vous peinerez à vous reconnaître en certaines circonstances, mais croyez-moi, vous y prendrez vite goût. A l’issue de cette phase, commencez à rouvrir doucement la porte. Laissez la vie vous surprendre. N’ayant plus le même fonctionnement, vos critères évolueront naturellement. Sans chercher, laissez la rencontre se faire, se mouvoir dans votre histoire, acceptez-la, vivez-la. Il y a de très grandes chances pour que cela ne ressemble en rien à ce que vous avez pu expérimenter par le passé.

Accordez-vous le droit d’être enfin heureuse.


 

De manière globale, la solution, à mes yeux, est de ne pas craindre cette forme de solitude qu’est le célibat. Vivre seul n’a rien de dramatique en soi, cela apporte une certaine tranquillité, une liberté qui devient vite addictive. Cela n’empêche en rien de nouer des liens, d’entretenir de belles amitiés, de trouver dans son cercle des gens qui tiennent à nous, qui nous aiment, et réciproquement. Bien sûr que l’amour sentimental reste un élément spécial et privilégié dans notre fonctionnement et notre bien-être, mais ce ne doit pas être une obsession, un besoin vital. Trouver son équilibre autrement est tout à fait possible. L’important est de rester libre et de suivre ses véritables aspirations. Être malheureux en couple n’est d’aucun intérêt. Déprimer seul non plus. Se couper du néfaste, du nuisible, privilégier l’authenticité, la qualité à la quantité dans ses relations, être en phase avec soi et ce que l’on désire.

Voilà l’essentiel.



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