Comment le monde de l'entreprise dégoûte du travail.
Travailler est ce qui nous fait vivre. Cela nous apporte un statut, une place dans ce monde. Le travail, c'est aussi un projet, un pas en avant, une manière de se révéler, et parfois même de se trouver. Il est bon de travailler. Mais lorsqu'un système économique injuste et impitoyable par nature s'installe solidement et durablement, le monde de l'entreprise n'en devient que le reflet, le miroir, et ainsi, lentement mais sûrement, le goût et la valeur du travail perdent leur sens véritable et succombent tristement aux lois du marché. Pénuries de main d'oeuvre ; arrêts maladies à n'en plus compter ; dépressions, burn-out... Le travail est en crise. A qui la faute ?
LE CULTE DU "TOUJOURS PLUS, TOUJOURS PLUS VITE".
Auparavant, bien avant que l'industrie puis le néo-libéralisme s'installent, le travail était souvent rude, manuel, les heures ne se comptaient pas, et il avait pour principale vocation à faire vivre une famille, une collectivité ou un village. L'artisanat était pleinement valorisé, on prenait le temps parce que l'on avait le goût des belles et des bonnes choses, de l'authentique. Tout se faisait à échelle locale, à taille humaine, souvent dans des structures familiales, parce que le mode de vie d'antan s'y accommodait parfaitement. Les conditions étaient certes parfois très difficiles, et les moeurs de cet ancien monde n'ayant, heureusement, plus grand chose à voir avec celles de notre époque moderne, les enfants étaient envoyés au travail avant ou après l'école et les femmes consignées à leur rôle pré-établi. Mais le travail avait de la valeur.
L'industrie a été une révolution dans notre société, a permis la consommation de biens à tous les foyers et été un vecteur d'emploi considérable en son temps. Mais cet emploi était le plus souvent abrutissant, mécanique au possible, épuisant et sans avenir. Les cadences imposées et les gestes répétés inlassablement ont détruit la santé de nombreux employés avant de les jeter sans considération à la seconde où leurs corps, leurs mains, n'étaient plus suffisamment productives. La qualité, la beauté et la durabilité des produits ont également été sacrifiés pour la quantité, souvent excessive, quitte à jeter massivement et créer des montagnes de déchets aux conséquences écologiques que nous connaissons (sans parler de l'aspect moral d'un tel gâchis, notamment sur les produits alimentaires). La valeur et le goût du travail ont commencé à se faire oublier pour voir naître et prospérer l'appât du gain, la course de la croissance économique, et le Dieu Argent érigé en messie des temps modernes. Un argent détenu par des minorités au détriment des majorités, cela va de soi.
La technologie et l'ère numérique n'ont fait qu'accentuer ce déclin de la valeur travail, pour développer une ère ultra-libérale, une forme d'ubérisation de l'emploi, c'est-à-dire un travail toujours plus précaire, toujours plus ingrat, aux salaires toujours plus bas. La grande distribution en est un des grands symboles, tout comme la restauration rapide, mais aussi la plupart des grandes start-ups et plateformes numériques que nous connaissons aujourd'hui. Le petit commerce de quartier s'est vu concurrencé par de multiples chaînes internationales favorisées fiscalement par les Etats dans lesquels ils s'implantent et raflant tout sur leur passage grâce à de grands moyens, un marketing tape à l'oeil, un coût du personnel toujours plus bas et la promesse du "toujours plus pour toujours moins cher" offerte à la clientèle, suivant fièrement les préceptes de ce nouveau mantra économique qu'est la sur-consommation à des fins uniquement mercantiles, à la faveur d'une poignée au détriment de l'ensemble, comme toujours.
Travailler dans ces chaînes est la définition de l'esclavage moderne. L'employé n'y est qu'un numéro interchangeable, soumis à des règles absurdes, des conditions de travail souvent déplorables, des cadences intenables, des contrats précaires (renouvellement des CDD bien au-delà du nombre autorisé par la loi, mais que vaut la justice face au pouvoir de l'argent, me direz-vous) et une absence totale de reconnaissance, hormis pour celles et ceux que ce système injuste et compétitif à l'excès, convient parfaitement (et non, ce n'est pas un compliment).
Le travail devient ainsi une charge, une corvée, un effort dans lequel l'accomplissement, le plaisir, la passion et la beauté n'existent plus. C'est ainsi que l'on créer le système du turn-over (les équipes changeant régulièrement dû au mal-être ressenti par les salariés), les arrêts maladies longues durées qui s'additionnent, et les problèmes de dépression liés à l'environnement professionnel et le burn-out comme de véritables fléaux contemporains. Les gens n'aiment plus travailler, parce que le système économique tel qu'il est et son miroir qu'est le monde de l'entreprise moderne ont détruit sa valeur.
QUELLE ALTERNATIVE
Pour parvenir à fuir durablement ce système exécrable qui détruit tout ce qui a du sens, il faut faire vivre l'économie de son pendant inverse qu'est le commerce indépendant, l'artisanat, les coopératives et la culture ; tout ce qui est régi par des passionnés, des gens qui, comme nous, ont le goût du beau, du juste et du bien, et cherchent, chaque jour, à le faire vivre. Faisons vivre l'art, la culture, le beau ; donnons de la voix aux passionnés, aux artisans, petits commerçants et petits producteurs de façon à ce que leur modèle soit davantage soutenu et valorisé, ceci afin d'offrir une concurrence encore plus solide et donc un mode de vie viable et durable face au rouleau-compresseur du système néo-libéral décrit plus haut.
Retrouvons le goût des bons produits, du local, de l'authentique, et retrouvons le goût de travailler avec dignité. Et surtout, SURTOUT, laissons ce modèle austère, déshumanisé et en réel déclin (contrairement ce que l'on veut nous faire croire) se détruire lui-même et n'être plus qu'un mauvais souvenir dans l'histoire de notre monde.



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