Création musicale avec l'IA : révolution ou menace ?
- juliensabi93
- 3 juin
- 4 min de lecture
A côté de ma passion pour l'écriture et la littérature, j'en possède une autre, tout aussi dévorante, pour la musique, et ce depuis la petite enfance. Comprendre les avancées, notamment technologiques, dans ce domaine, m'intrigue de plus en plus ces derniers temps, notamment depuis que l'intelligence artificielle se montre apte à produire du contenu crédible et parfois bluffant. En effet, il est aisé de trouver une multitude de musiques générées, intégralement ou partiellement, par une IA, sur YouTube ou les plateformes de streaming. Alors comment cela fonctionne et qu'en penser ? Quel avenir pour la musique et les passionnés ?
UNE EVOLUTION INQUIETANTE MAIS EN RIEN SURPRENANTE
Avant que l'IA soit capable de créer de nouveaux morceaux des Beatles, de refaire chanter Freddie Mercury ou de rendre célèbre des artistes qui n'existent pas ; il faut comprendre comment l'évolution de la musique a engendré ce phénomène, tout en le déplorant à l'unisson face à la menace que cela représente pour l'industrie et les artistes bien réels. Ce qui est reproché à l'IA, c'est d'être factice, de reproduire à partir de ce qui existe déjà et de permettre à n'importe qui de créer de la musique, sans moyen ni connaissance ni un quelconque talent. Mais si l'industrie musicale et ses acteurs étaient honnêtes, ils constateraient que la musique n'avait pas attendue l'IA pour produire des musiques "produit" taillées pour la consommation rapide, calibrée pour les ondes, lissée, aseptisée à souhait, et mettant en avant des influenceurs/ceuses populaires que l'on maquille en artistes. Le tout sponsorisé par des industriels qui vendent de la musique comme ils vendraient des machines à laver ou des smartphones, ayant transformé en quelques décennies, l'oeuvre en objet, l'art en produit, l'artiste en simple vitrine commerciale. Qu'il est loin le temps où produire de la musique et trouver le succès nécessitait un talent au-dessus de la moyenne (parfois phénoménal), une grande créativité, être prêt à s'investir en tous points, corps et âme dans une oeuvre, et attendre plusieurs albums et plusieurs longues tournées loin de chez soi, sacrifiant beaucoup, pour trouver son public.
Durant les années 2000's, il y eut une première révolution se nommant internet. La démocratisation de ce dernier dans les foyers a engendré une refondation totale du rapport entre l'artiste et l'auditeur, entre le disque physique et sa représentation, et la façon de "consommer" de la musique de manière générale. Pris par la vague massive de téléchargement illégal qui fut incontrôlable durant cette période, l'industrie musicale dû se réinventer pour ne pas sombrer définitivement. C'est ainsi que la bascule s'est progressivement mise en place, ayant permis à l'industrie de se relever et pouvoir continuer de produire, même bien davantage qu'auparavant, et a permis, notamment avec les plateformes de streaming, aux musiciens ne bénéficiant pas du soutien d'un label et d'une production établie de diffuser et partager leur musique au plus grand nombre (même si cela s'avère trompeur, car la quantité de musique présente sur ces plateformes est telle que beaucoup sont souvent noyés dans la masse et doivent miser sur une image, notamment à travers les réseaux sociaux, pour se démarquer). Mais cela a surtout industrialisé la production musicale, dénaturé sa profondeur et son authenticité pour promouvoir avant tout le rendement sans prise de risque et à plus faible investissement.
FACE A UN MILIEU QUI S'EST ENFERME, L'IA OUVRE LES PORTES.
Dans ce contexte, il est donc cohérent et même évident que l'évolution de la musique commercialisée voit une nouvelle technologie telle que l'IA (et son potentiel phénoménal encore à ses balbutiements) prendre le relais dans cette dynamique et cette façon d'opérer. Que cela dérange, menace ou effraie, surtout lorsque l'on voit la qualité, d'un point de vue technique et commercial, des morceaux produits, et sachant qu'elle est encore largement en développement et que le meilleur de ses capacités reste à venir ; c'est une réaction compréhensible pour celles et ceux qui ont fait de la création et de la vente musicale leur gagne pain.
Mais comme il est important de défendre l'authenticité et l'originalité, le travail et le talent, il est, à mes yeux, judicieux au milieu de la musique de peut-être se remettre en question et proposer des contenus que l'IA ne pourrait pas reproduire ni égaler, en replaçant au centre de tout les valeurs qui ont façonné les grandes heures de l'histoire de la musique. Aucune IA au monde ne pourrait reproduire Michael Jackson, ni Freddie Mercury (bien qu'elle essaie, en vain), le génie et la rage qui ont permis à des albums de légende de voir le jour, des concerts d'anthologie de prendre vie sous les yeux du monde. Au lieu de promouvoir la facilité et le manque d'authenticité et l'artiste-vitrine ; si l'industrie musicale veut vaincre la menace IA, qu'elle change entièrement son procédé, son mantras et sa culture, qu'elle sorte également de l'entre-soi, du népotisme constant (que l'on peut attribuer à l'ensemble des milieux artistiques professionnels) et de cette idée illogique qui consiste à penser que pour produire de la musique, il faut des moyens, que les labels et autres producteurs ne veulent plus investir eux-mêmes par peur du risque, ce qui bénéficie exclusivement aux gosses de riches et empêchent les créatifs aux budgets modestes de développer leur créativité et vivre leur rêve.
L'IA, aussi inquiétante soit-elle, permet à celles et ceux que le milieu de la musique a rejeté de produire ou d'y trouver un outil pour donner vie à leur art et le proposer à qui cela intéresse.
Bien qu'amoureux de la musique, la bonne, la vraie et l'authentique, je soutiendrai et défendrai le milieu musical et l'ensemble de ses acteurs lorsqu'il se sera remis en question et proposera une véritable réponse à l'IA. Dans le cas contraire... accueillons cette technologie comme un outil formidable, au potentiel monstrueux, qui, mise entre de bonnes mains et à bon escient, révolutionnera la musique du futur.
Pour le pire, parfois, certes... mais aussi pour le meilleur.



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