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Affaire Lyhanna : un drame de plus pour rappeler l'inaction et l'injustice normalisées.

  • juliensabi93
  • 9 juin
  • 4 min de lecture

J'ai beau faire tout mon possible pour m'éloigner de l'actualité et des horreurs qui se produisent sur notre sol au quotidien, elles deviennent tellement récurrentes et si abominables, ces dernières années, qu'elles me sautent à la gueule sans prévenir.

Après l'affaire des deux enfants de cinq et trois ans abandonnés par leur mère et leur beau-père dans une forêt au Portugal, les parents ayant été retrouvés tranquillement à la terrasse d'un café comme si de rien n'était ; voilà qu'une petite fille de 11 ans, nommée Lyhanna, est retrouvée morte, après une semaine de disparition, tuée par un violeur d'enfant envers qui une plainte avait été déposée l'année dernière, sans que ce dernier n'ait eu le moindre (je dis bien LE MOINDRE) entretien pour rendre compte de ses actes, pourtant d'une grande gravité. Il a fallu, une fois encore, qu'un enfant meurt dans des conditions tragiques, pour que le système français prenne conscience de la situation.

Encore une vie volée, de façon extrêmement violente. Encore une famille brisée.

Encore des plaintes et des signalements laissés sans réponse.

Et encore l'excuse du manque de moyens pour ne pas avoir à assumer la réalité dans un pays qui ne cherche même plus à faire semblant de protéger les enfants et les personnes vulnérables de manière générale.

Bienvenue dans le France moderne.


Une fois de plus (j'en deviens blasé de dépit, veuillez ne pas m'en tenir rigueur), comme l'émotion est vive, le gouvernement, ou plutôt les acteurs jouant le rôle qui leur est demandé, se démènent pour offrir de belles déclarations, osant désormais enfin reconnaître des failles dans le système (plutôt de l'ordre de la faute grave généralisée, mais soit, c'est un début), et se montrer à la hauteur de la gravité des évènements, tant qu'ils suscitent encore de vives réactions à travers la population, en attendant que les choses se tassent et qu'une autre affaire ressurgisse pour continuer de nourrir le flot discontinue de nos chaînes d'informations. Le tout en prenant soin d'interdire les rassemblements et marches blanches devant le ministère de la Justice, parce que tout de même, il y a des priorités. Que des enfants se fassent assassiner, torturer, abuser et abandonner, tous les jours, toutes les semaines, tout le temps, c'est une chose, mais il ne faudrait tout de même pas risquer de bousculer un tant soit peu, même à distance, les cols blancs qui en sont en partie responsable.

Que celles et ceux qui affirment des "Plus jamais ça !" ou "plus on est nombreux à marcher, plus on a de chance de changer les choses !" cessent de croire au Père Noël. Malgré toutes leurs bonnes intentions que je sens sincères et justes.

Les enfants ne sont pas protégés. A aucun moment. C'est un fait. Un constat. Cynique, certes, mais réel. La politique n'est rien d'autre que du cirque, la justice est débordée et n'est plus dotée du bon sens qui lui serait logiquement attribuée dans un pays qui tiendrait encore debout. Les services à l'enfance font ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont. Les plaintes, les signalements, les témoignages ne sont pas écoutés, considérés.

Tout n'est question que d'administratif, de paperasse inutile, de démarches longues, très longues, et inefficaces. Alors on priorise (un violeur d'enfant n'est apparemment pas la priorité, dans la France actuelle, c'est dingue mais c'est ainsi), on bâcle, on court après les chiffres à donner à sa hiérarchie qui s'en vantera pour nourrir sa petite carrière, chacun décide de s'enfermer dans son enclos, dans son petit confort, sans se soucier une demie-seconde de ce qu'il en est pour les gens, les enfants en l'occurrence, qui vivent, ou peuvent potentiellement vivre des choses innommables parce que des monstres vivent parmi eux et que tous ceux susceptibles d'agir ferment les yeux.

Un enfant tué camoufle les centaines et milliers d'autres qui survivent malgré leur innocence brisée, malgré le silence dans lequel ils sont contraints de s'enfermer parce que les adultes, autour d'eux, ne les écoutent pas.

Pour la plupart, les monstres s'appellent "papa", "tonton", "grand frère", "voisin", "professeur" ou "coach", et j'en passe. Une fissure se dessine dans leur psyché parce que plus rien ne pourra être comme avant. Mais dehors, les gens s'en moquent.

Si l'ensemble de la population était réellement aussi bienveillante qu'elle voulait le faire croire, ces drames humains ne se produiraient pas en si grand nombre, si longtemps, avec des conséquences aussi terribles. Dans le cheminement de l'acte cruel, du traumatisme infligé, il y aurait toujours au moins une personne qui y mettrait un stop.

Or, neuf fois sur dix, les enfants sont livrés à eux-mêmes, les bourreaux vivent dans la plus grande liberté, et le mal s'agrandit en totale prospérité.


Les marches blanches sont une noble démarche, un hommage à adresser, montrer que l'on est indignés, révoltés, profondément touchés par le drame, parce que l'on est humains, que cela peut arriver à n'importe qui. On se projette, on effectue un transfert. C'est tout à fait logique, compréhensible et légitime.

Mais en l'état, tant que la société française reste parquée dans son illusion, dans son manque de volonté évident à faire face aux fléaux que sont les violences faites aux enfants, tant que le système continuera de se protéger en brandissant l'excuse insupportable du manque de moyens ; rien ne changera.

Demain, d'autres enfants subiront le même sort. La plupart survivront et pour eux, il n'y aura aucune marche, aucune manifestation. Personne ne s'intéressera à leur souffrance, la plupart ne chercheront même pas à la déceler.

Et puis, un pauvre gosse se fera de nouveau arracher la vie, une famille sera détruite, et l'émotion collective reprendra, suivie des beaux discours politiques, et des éditions spéciales télévisées.

"Plus jamais ça !", vous dites... si seulement c'était vrai.


Mes plus sincères condoléances à la famille. Aucun enfant ne devrait subir de telles ignominies. Repose en paix, Lyhanna. Là où tu es désormais, puisse quelqu'un veiller sur toi...


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