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L'histoire de Tic et Tac.

  • juliensabi93
  • il y a 14 heures
  • 6 min de lecture

Tac était un homme à l'allure relativement robuste, la taille haute, le crâne rasé de près, l'expression sérieuse, la démarche assurée, dynamique, la carrure plutôt solide, mélange d'un passé sportif récent dont on en percevait encore quelques traces, avant qu'un embonpoint contraste furieusement l'ensemble. Derrière l'enveloppe cuirassée évoluait toutefois un coeur tendre, un grand sensible, amoureux du beau, du bien et du juste, et surtout un amoureux de l'amour, sous toutes ses formes.

Cela faisait moins d'un an que Tac tentait de se faire une place dans son nouvel environnement. Beaucoup plus grand, bien plus peuplé, plus individualiste, plus sérieux, plus exigeant, où chaque geste, chaque mouvement était contrôlé. Un environnement difficile pour un rêveur à l'âme d'artiste tel que Tac. Mais il s'accrochait, chaque jour, et s'adaptait aux nouvelles règles, mais aussi au fonctionnement des autres autour de lui. A ses yeux, tout était à la fois nouveau et un retour en arrière, un mélange saugrenu, délicat à définir. En effet, bien avant cela, Tac était partie de son terrier natal pour explorer de nouveaux horizons, goûter à l'aventure et tenter d'en sortir grandi. Hélas, après cinq belles années particulièrement intenses et riches en rencontres, en émotions et en expériences, l'aventure s'était achevée par une faillite et une séparation forcée. Depuis lors, Tac ravalait sa peine, sa désillusion, et chaque jour affrontait sa nouvelle réalité.


Tic était une femme au style plutôt affirmé, la taille modeste, mince et élancée, un regard clair et pétillant, la démarche volontaire, un brin masculine, des vêtements sombres camouflant une ribambelle de tatouages peuplant son corps, le tempérament discret et souple en apparence. En vérité, elle tenait un caractère volcanique, ne reculant jamais devant la confrontation, aimait les musiques puissantes et saturées, les bonnes bières et tirer sur des cibles chaque samedi après-midi. Au-delà de son enveloppe qui surprend, Tic était une femme très sensible, à fleur de peau parfois, d'une grande empathie, prisonnière de ses blessures de l'âme, ces dernières s'assurant d'avoir créé suffisamment de démons en elle pour lui refuser le bonheur quoi qu'il advienne.

Tic était arrivée sans prétention, après une longue période de convalescence, seule, ou presque, dans son terrier protecteur, afin de se protéger de ce que les désolations de sa vie d'adulte, qui se dessinait loin des promesses d'antan, avaient pu lui infliger.

Tic repartait à zéro. Sans broncher. Elle suivait les consignes, s'adaptait au renouveau.


C'est à ce moment précis que Tic et Tac se sont rencontrés.


Grâce à Tic, Tac ne ressentait plus cette tristesse qui ne l'eut plus quitté depuis la fin de son aventure. Il était simplement content, heureux même, de se lever chaque matin et rejoindre cet environnement qui lui avait été imposé, du simple fait de la retrouver.

Gaffeur, maladroit, Tac enchaînait les bourdes, se persuadant même que Tic allait le prendre pour un imbécile et s'éloigner de sa compagnie. Alors il s'excusait, encore et toujours, à chaque mot, chaque geste, par crainte de la contrarier et la décevoir.

Tic était restée. Les gaffes n'avaient pas suffi. Réjoui, Tac comprit qu'il pouvait être lui-même, qu'il n'était aucunement nécessaire de jouer un personnage, de s'adapter, comme il le faisait avec la plupart des autres qui l'entouraient. Avec Tic, tout était naturel, fluide, sans fioriture. C'est ainsi que leur amitié s'était construite.

Oui, car il s'agit bien d'amitié. Tac étant asexué, tant à cause d'un traumatisme d'enfance que par des années de déceptions, de rancoeurs et de douleurs dans sa vie amoureuse, et les tatouages, ben... c'était pas son truc ; Tic étant totalement hermétique à l'idée du couple, et les crânes rasés, ben... c'était pas trop son truc ; il ne pouvait s'agir que de cela dans cette histoire.

Très vite, Tic et Tac furent inséparables. Une fusion semblait les lier. En binôme quasi-permanent au sein de l'environnement, riant à gorges déployées, partageant leurs goûts pour la musique, mais aussi leurs souvenirs, leurs joies, leurs rêves, leurs blessures et leurs regrets... au soir, les longues conversations reprenaient avec autant de passion en pianotant sur le clavier de leurs smartphones respectifs.

Tic était habituée à la sollicitation, au fait d'être entourée, invitée, au fait que l'on s'inquiète pour elle. Tac était certes la nouveauté, la surprise, quelque chose de spécial, mais s'ajoutait à un ensemble cohérent. Pour lui, en revanche, qui plus est dans sa nouvelle réalité, cette amitié lui faisait l'effet d'un puissant jet de couleurs vives et lumineuses au milieu d'un tableau gris et vide de toute notion véritablement vivante.

Ses amis, à lui, étaient tenus à distance, menaient leur vie, leurs responsabilités, dans un réel radicalement opposé au sien. Le lien, l'attachement restaient, mais la véritable connexion s'était progressivement effacée.

Tic était son rempare lorsque son navire tanguait dans l'océan d'amertume.


Vint alors une tempête, que Tac subit de plein fouet. Il avait commis une faute, mais dans ce nouvel environnement, la faute était impardonnable. Il eut encaissé les coups, les mots violents, la mise à l'écart, la perte de confiance. Un an de bataille acharnée pour trouver sa place, réduite en poussière.

Et dans tout ce marasme, Tic était encore là.

Tac se détachait chaque jour un peu plus des règles, des lois et des volontés de cet environnement que l'idée d'y évoluer lui faisait l'effet d'un mariage forcé que ni lui ni l'environnement n'avaient souhaités. Plus il se détachait de ce qui l'entourait et de la mission qui lui était confiée, plus Tic lui était indispensable. C'était à tel point qu'il ne percevait plus qu'elle. Sa présence était un antidote, chaque instant où elle apparaissait lui offrait une gorgée de bonheur lui permettant d'affronter les heures puis les jours de solitude, de ressentiment sourd mais ô combien perceptible.

Puis il y eut une certaine soirée, suivie d'un sublime voyage, où Tac imaginait Tic à ses côtés, et où il se demandait si ce qu'il ressentait à son égard restait encore dans le cadre d'une amitié ou s'il l'aimait, vraiment, profondément, même de manière platonique, même sans lui plaire, sans désir ni séduction, sans exclusivité ni projet à deux. Il se demandait s'il l'aimait comme on aime un être qui, sans prévenir, entre dans notre vie, se tient juste à côté de nous et, lorsque plus rien ne va, nous offre tout ce dont nous avons besoin, ce sans le moindre effort. Il se demandait si cette forme d'amour n'était pas la plus sincère, la plus pure qui puisse exister.

Il avait pensé lui en parler. Lui avouer ses sentiments naissants. Mais en revenant du paradis sur Terre, rien ne s'était passé comme il aurait souhaité. Alors que lui aurait voulu la prendre chaleureusement dans ses bras, Tic, elle, s'était montrée plus froide, plus neutre. Tac n'eut rien dévoilé, mais cela l'avait peiné.

Puis, un beau jour, Tac fut convoqué dans les hautes sphères de son environnement.

"Tac, tu es un problème pour Tic ! Tu négliges ta mission ! Et puis il y a trop de rumeurs ! Ca suffit ! Ca doit s'arrêter maintenant !"

Ce fut le désastre. L'effondrement.


Suite à cela, Tac s'était renfermé, accumulait autant de colère, qu'une peine déchirante, proche de la détresse, et ne savait plus quoi penser, quoi croire. Et si tout cela n'avait été qu'un mensonge ? Alors Tac prit ses distances avec Tic, se montra plus méfiant envers elle. Tous deux ne riaient plus. Un malaise était palpable. Tac devint même très dur à son égard, la blessant profondément, de manière violente et injuste. L'alchimie des débuts avait laissé place au non-dit, à l'incompréhension, à la confrontation puis au silence.


Depuis, Tac ramasse les miettes, les larmes et les souvenirs déchirés. Il tente, chaque jour, de recoller les morceaux, reconstruire le puzzle, dans l'infime espoir de retrouver sa Tic adorée.

Il garde quelques distances, il la laisse vivre, la laisse évoluer dans sa mission, la laisse se sentir bien autant qu'elle le peut, sans ne plus interférer.

Il garde sa grisaille et ses tourments dans son terrier personnel, afin de la protéger, parce que souffrir avec lui n'est pas son rôle.

Il essaie de la faire rire, de lui apporter ce soupçon de folie, de légèreté qu'elle affectionne. Il l'observe de plus loin, désormais. Parce qu'il le faut, sûrement.

Mais Tac, sans Tic, c'est comme une maison sans fondement. Un jour ou l'autre, elle s'écroule inévitablement.

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